Par Monica-breiz
De bon matin un curé se prépare pour aller au marché ;
il enfourche sa mule et le voilà parti pour la ville.
On est en septembre et les haies sont noires de belles mûres.
Messire curé lit son bréviaire distraitement,
attiré qu’il est par les fruits sauvages et probablement sucrés à souhait.
Il emprunte sur quelques mètres un chemin creux bordant la route
pour satisfaire sa gourmandise.
- Ciel je n’ai jamais vu de mûres si belles.
Sa mule arrêtée devant un buisson,
il se pique en voulant cueillir les plus belles
qui sont aussi les plus inaccessibles.
Alors il monte sur sa selle et se régale goulument.
Une fois rassasié, il regarde sa mule dont il admire l’immobilité.
- Dieu, se dit-il si quelqu’un criait : hue !
Il avait pensé tout haut.
Sa bête part brusquement et le bon curé s’écrase dans les épines.
Il s’empêtre dans le fourré pendant que sa monture
regagne au petit trot son écurie.
Lorsque la mule arrive à la cure,
la servante croît le curé mort et se lamente.
Elle part en hâte pour le marché
et passant près du buisson tortionnaire
elle entend les appels du pauvre curé.
- Au secours, je suis ici ! Aie ! Aie ! Que je souffre. J’ai le dos tout en sang.
- Oh ! Messire curé, qui vous a mis dans cet état là ?
- Ah ! Ma bonne servante !
C’est le péché ! Ce matin en passant par ici,
j’allais lisant mon bréviaire, quand des mûres m’ont tentées.
Voyez ce qui m’est arrivé. Le buisson m’a agrippé.
- Aidez - moi à m’en sortir.
Ah ! Je ne demande qu’une chose c’est de rentrer chez moi.
Moralité :
« point n’est prudent de dire trop vite sa pensée,
il en résulte maints désagréments et maintes humiliations »
Tiré de : pour l’amour d’une ronce de B. Bertrand
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